Séparation : hors du magma, les mots
Frédérique F. Berger
[1]

« L’écrit ça arrive comme le vent, c’est
nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit, et ça
passe comme rien d’autre ne passe dans
la vie, rien de plus, sauf elle, la vie. »

Marguerite Duras [2]

Avec cet ouvrage intitulé Séparation [3] qui parait juste avant " Elles quatre. Une adoption" [4],Nicole Malinconi nous livre un nouveau travail d’écriture et de mémoire qui nous permet de mettre au jour à la fois l’évolution et la continuité du déroulement de son parcours ; évolution et continuité de son travail assidu qui prend les allures d’une dialectique inscrite à la fois subjectivement et socialement. Tissage subjectif et social dont témoigne son engagement, tant dans le travail social, elle a été assistante sociale de 1967 à 1984, que dans le travail de l’écriture, elle devient auteur avec Hôpital silence publié aux Éditions de Minuit en 1985 ̶ réédité en 1996 aux Éditions Labor, il sera agrémenté d’un article de Marguerite Duras paru après la sortie du livre dans L’Autre Journal [5]. Ce premier livre est un véritable cri articulant sens de l’écriture et témoignage à propos de sa pratique auprès des femmes venant avorter illégalement à la Maternité provinciale de Namur. Il y aura encore bien d’autres textes ou recueils de textes questionnant le regard, la parole et l’exclusion sociale.
Séparation est le tissage de son expérience de la psychanalyse et de l’écriture qui lui permet d’approfondir autrement des sujets sensibles et proches auxquels elle fait souvent référence, son histoire familiale et subjective : la mère [6], le père [7], l’enfance [8], la double appartenance, deux pays, deux langues [9], deux cultures ; les enfants [10] adoptés en Corée.

SÉPARATION ET PSYCHANALYSE
PSYCHANALYSE ET ÉCRITURE
Avec Séparation qu’elle a pris soin d’écrire au singulier, lui donnant ainsi valeur de structure, de structure originelle des autres séparations qui ne sont pas sans marquer toute vie humaine, elle continue d’écrire au plus près du réel et cette fois c’est celui de la Séparation et de la Psychanalyse, de la Psychanalyse et de l’Écriture.
Depuis sa place d’écrivain, au fil des mots, des phrases, des chapitres, elle nomme ce qu’a été pour elle ce travail de l’analyse depuis sa parole d’analysante adressée lors de différents temps de sa vie et selon un tempo très distinct à trois praticiens de la psychanalyse, deux hommes et une femme : le psychanalyste silencieux, le psychanalyste aux rares minutes, la psychanalyste de la présence et, de la séparation.
Un parcours en trois temps qui dans l’écrit s’entremêlent et au fil duquel le regard, la parole, la voix et le silence se nouent à d’incessantes questions dont certaines, restées en suspens aux cours des deux premières psychanalyses, sont reprises dans la troisième. Parcours au cours duquel elle pose finalement une seule et même question, celle qui gît à l’origine de la séparation et de toutes les séparations qui vont suivre, mais dont on ne saurait hélas épuiser le sens, tant la dimension du réel s’y incarne, souvent comme un arrachement, une déchirure. Mais qui peut dire le réel de la séparation, qui peut l’écrire sans se confronter à l’impossible ? Et pourtant, ce travail d’écriture n’est-il pas aussi une forme de séparation, tout comme le travail de l’analyse : une mise au travail de la séparation et de la solitude ?
Selon Marguerite Duras, « Il faut toujours une séparation d’avec les autres gens autour de la personne qui écrit des livres. C’est une solitude. C’est la solitude de l’auteur, celle de l’écrit [11]. » Nicole Malinconi écrit : « Mais, tout compte fait, si, on est seul, car on quitte ce en quoi on était immergé, le point où on s’y collait, où l’on y était confondu totalement et qui était aussi le point de l’absence de mots, l’espèce de symbiose où l’on se serait tu si l’on y était demeuré attaché. On devient comme séparé. C’est la solitude dans laquelle vous met l’écriture, peut-être même avant d’écrire, lorsque naît la simple idée, le désir ; oui, peut-être qu’alors, déjà, on s’arrache, on commence. Mais au fond, pour en revenir à la comparaison, les mots qui vous passent par la tête dans le cabinet du psychanalyste et que l’on se risque à laisser advenir, dans sa propre voix, hors du magma, n’auraient-ils pas pour destin ou en tout cas pour raison de devenir de l’écrit pour celui qui parle ? D’être, à la manière d’un acte d’écrire, un acte de dire qui vous traverserait le corps avec une force comparable, capable de vous révéler ce que vous ignorez de vous-même, mais pas seulement, pas comme une connaissance ni une explication, plutôt une sorte de vérité singulière qui s’impose, sur laquelle, comme dans l’écriture, on ne pourra plus revenir, qui s’inscrit dans le corps et vous fait perdre ce à quoi vous aviez tenu jusque là, qui était en même temps votre ossature et votre carcan [12]. »

PRÉSENCE ET SÉPARATION
C’est ainsi que ces trois temps du travail analytique qui s’entrelacent sont dépendant d’une maïeutique particulière, celle de cette parole qu’elle adresse à chaque analyste et qui constitue l’écheveau des mots, des associations, pas si libres que ça, que seule la dernière analyste dénouera par sa singulière présence qui met en perspective la séparation, justement. Présence de l’analyste où le corps, le regard, la voix et le silence sont mis en jeu lors d’entretiens en face à face : Présence et Séparation.
L’auteur nomme donc à travers la séparation et les séparations, ce qui pour elle a été si profondément noué, enchevêtré, « magmaïsé » : d’une part, dans le lien à l’Autre, la mère avec en contre point, toujours, le père ; d’autre part, dans le lien à l’autre et aux autres : enfant, amant, mari, hommes et femmes connus et inconnus ; et enfin dans le lien de soi à soi au cœur de l’être fille, de l’être femme puis mère. « Personne n’est obligé d’accepter tout l’héritage, avait dit la psychanalyste, dès le jour de la première séance ; la phrase m’était restée ; elle m’avait indiqué comme l’enjeu du travail [13]. »
Tous ces liens sont révélés puis dénoués encore autrement dans le dernier travail analytique avec la psychanalyste qui, si elle est une femme, n’en est pas moins psychanalyste, une psychanalyste dont le style de présence et d’écoute a favorisé la possibilité d’une séparation radicale, d’une perte et d’un départ possible, enfin. Elle écrit :
« Il faut que je tombe de vous. C’était un autre départ que le premier. Quand j’y pense, celui-là avait eu quelque chose d’évident, finalement, malgré mon hésitation d’alors ; même la perte était comme baignée de lumière, à l’image de ce jour de juin où j’étais partie ; peut-être parce que j’avais pensé qu’elle l’approuvait malgré mon silence ; au fond, j’étais partie dans son amour, comme sous son regard. Maintenant, il y avait entre elle et moi cette séance bouleversante, cette sorte de désaccord venant d’elle qui me faisait l’effet d’être tombée de haut et me donnait une sorte de tristesse. Je la quittais sur fond d’incertitude ; c’était plus difficile que la première fois. Elle a dit peut-être bien [14]. »

SÉPARATION ET ÉCRITURE
Ces dernières phrases du livre, renvoient à ce quatrième temps, celui solitaire du travail de l’écriture au cours duquel l’auteur se risque à nouveau, à nommer et distinguer des éléments d’un ensemble grâce à un détail, une particularité qu’elle appelle pour lui donner une existence propre. Elle en fait, pas à pas, une transcription attentive, profonde, juste et souvent bouleversante. Alliant travail de mémoire et sens de l’écriture, son style assez proche de la parole n’en est pas moins un écrit littéraire témoignant de sa recherche assidue pour trouver les mots pour dire au plus près, ce qu’a été pour elle ce travail de l’analyse et ce qu’il continue d’être encore, une fois qu’elle est séparée, isolée, inéluctablement éloignée de cette parole-là, de cette parole adressée à un analyste.
Travail de l’écriture qui justement se fait proche de la parole et du corps, qui délie et se délie peu à peu pour approcher l’inapprochable, pour attraper l’inatrappable, pour dire l’indicible de la Séparation et l’indicible du travail analytique qui se faisait alors, ce Work in Progress devenu maintenant celui de l’écriture.
Il y a dans cette écriture de Nicole Malinconi, dans cette cadence singulière de l’écriture et des mots, cette petite musique de la phrase durasienne mainte fois évoquée. Mais là, il s’agit plus, à notre sens, de ce qui s’est inscrit de cette petite musique de l’association libre et de ce mouvement à la fois interne et externe qui nous emmène sans cesse sur le rivage des mots sur lequel on revient en silence ou en parole ; en parole, avec sa propre voix et ses propres mots adressé à un autre, au singulier : le psychanalyste. Alors, dans l’après-coup, l’écriture est là pour reprendre ces traces laissées, pour en dire encore autre chose, autrement, à d’autres, au pluriel cette fois : les lecteurs ̶ et l’ordre des séparations s’en trouve bouleversé, l’ordre des différents temps du travail analytique aussi, il y a là des torsions, des contorsions nécessaires, du temps et des phrases, des mots choisis pour dire la séparation, pour dire les séparations, pour dire le bouleversement et les bouleversements qui parfois éclatent en redites, en incises, en répétitions qui font vaciller le sens commun et favorisent une perception soudaine et inédite de cela : Séparation et Psychanalyse ; Séparation et Écriture.
Toujours plurielle, l’écriture de Nicole Malinconi fait à la fois sens et équivoque, telle un palimpseste de la mémoire, elle couvre et découvre, reste ouverte comme si l’incessant flux et reflux des phrases rejouait ad libitum disséminé, construit et déconstruit, la même biographie, la même écriture du bios, la même écriture du vivant, l’écriture du sujet du langage, de la parole et du désir, l’écriture du féminin. Pour cet auteur qui sait l’indicible de la langue : « Les mots n’arrivent à la hauteur de rien de ce qui est perdu [...] Les mots ne vous consolent pas de ce qui est perdu. » Mais ils demeurent « une manière de se figurer, pour ainsi dire [15]. » Ou encore : « Alors on va dans la vie, fait comme on est, […] on reste bel et bien soumis à l’ossature, rien à faire, tributaire de cela comme des traits du visage, mais d’une autre manière qu’auparavant, comme si votre confiance dans la vie – ou votre désir – vous donnait à la fois la lucidité de vous regarder en face et la force de tirer quelque chose de votre propre torsion [16]. »
Tout ce travail de nomination, lui permet, quoiqu’il en soit, quoiqu’il lui en coûte, d’appeler et de rappeler ce qui est ou a été perdu pour sortir du magma [17] : une sensation, une couleur, un parfum, un contour, une image, un éclat, une parole, un regard, etc. Telle est la force des mots mais aussi leur limite et ce qu’ils autorisent néanmoins (né en moins/néant moins) comme mise en mots de l’indicible. L’auteur parle souvent de cette difficulté des mots à rendre compte du réel : « pour ce qui n’est pas d’usage les mots manquent, ne sont pas à la hauteur [18]. »
Ainsi, écrire n’est-ce pas prendre le réel à sa source originelle ? Dans ce magma dont elle parle et duquel il suffit d’ôter la lettre « g » pour entendre le signifiant « mama », signifiant de la langue italienne, celle du père ; celui qui appelle, par sa présence, à la séparation originaire, à la séparation nécessaire à toute parole et à toute écriture future… possible.
Parler, c’est dire et redire, c’est faire et refaire ce chemin étroitement mêlée à la mère, à la vie, au désir, au sexe et à la mort. Parler, c’est parcourir encore au fil des séances ce magma-là duquel elle a émergé, c’est retrouver cette peur et ce désir d’y revenir encore, de ne pas le quitter, c’est cette aliénation obligatoire, c’est cette séparation radicale, inéluctable aussi, sinon c’est la mort du désir, c’est la léthargie de la vie.
Écrire, c’est donner au temps de nouveaux écoulements possible, au passé de nouvelles migrations, à la pensée de nouveaux déplacements.
Écrire, c’est se découvrir à ces résonances, c’est aller vers ces nouvelles échappées possible avec les mots, c’est questionner encore le magma.
Le travail d’écriture de Nicole Malinconi est ainsi toujours en mouvement, il est fragile et friable, rêche et raffiné, insaisissable parce que toujours revisité, ce qui n’empêche pas la détermination, la rigueur, le ciselage des mots : Séparation, encore !

SEPARATIO
Séparation toujours, cette nouvelle création littéraire nous y invite, nous la rend plus sensible, presque palpable, car sa qualité singulière nous permet à notre tour au fil de la lecture de la vivre de manière unique, quitte à s’y perdre et à se perdre. C’est ce que l’auteur nous invite à faire et c’est ce que nous faisons avec délices, sans pour autant nous y anéantir dans une aphanisis [19] où viendrait l’absence du désir de désir. Tant le désir nous tient là dans cette possibilité de la lire encore et de la rencontrer.
Pour l’heure, à l’issue de cette lecture, c’est un sentiment de gratitude qui nous vient car c’est depuis son expérience d’écrivain que Nicole Malinconi a pu nous parler de son expérience de la psychanalyse, de ce qu’est cette aventure si particulière, pour s’y être risquée ainsi pour nous lecteurs, et autres, analysants et analystes, en ce temps où la psychanalyse est particulièrement malmenée par les discours contemporains ; pour s’y être risquée, comme à contre courant, avec tant de sincérité et de talent littéraire. Elle écrit : « On ne devient pas quelqu’un d’autre au cours d’une psychanalyse, ni au cours de rien, il faut dire : tout juste découvre-t-on, après, en surplus, pourrait-on dire, que l’on s’est comme rapproché du vidant de la vie, de la sienne propre ; mais rien n’est garanti [20]. » Ce livre nous transmet une infime partie de son expérience de l’analyse et nous emmène vers ce qui fait sa singularité d’auteur, son subtil maniement des mots et de la langue, son travail d’écriture, même si c’est pour toucher une nouvelle fois : à l’indicible de lalangue [21], de la langue et des langues qui l’on construite, le français et l’italien ; à l’impossibilité à dire totalement ̶ le corps, le regard, la voix, le silence, l’amour, le désir, le sexe, la vie, la mort ̶ , et à ouvrir malgré cette impossibilité là de nouvelles perspectives de compréhension et d’interprétation car son écriture touche de très près la dimension universelle de la structure du sujet et son lien inéluctable à la Séparation, à la perte.

Frédérique F. Berger
Montpellier, le 6 avril 2013

[1] Frédérique F. Berger, docteur en psychologie (HDR), psychanalyste, chercheur associé, Laboratoire Cliniques Psychopathologique et Interculturelle (EA 4591), université de Toulouse 2 ̶ Le Mirail, chargée de cours au Département de psychanalyse de l’université Paul Valéry ̶ Montpellier 3, Membre de l’ALI, 1474 Chemin du Pioch de Baillos, 34980 Montferrier sur Lez, E-mail :frederiquefberger@yahoo.com
Intervention lors de la Journée de psychanalyse : Se déprendre du maternel, Association Lacanienne Internationale ̶ Languedoc-Roussillon, Université Paul Valéry ̶ Montpellier 3, Département de psychanalyse, Montpellier (06/04/2013).
[2] Duras, M. 1995. Écrire, Gallimard, coll. « Folio », p. 53.
[3] Malinconi, N. 2012. Séparation, Paris, Les Liens qui Libèrent.
Centre National de Ressources textuelles et lexicale.
Séparation, subst. fem. : Empr. au lat. class. Separatio « id. », formé sur le supin separatum de separare, v.séparer. URL : http://www.cnrtl.fr/etymologie/séparation
Séparer, verbe. : Empr. au lat. class. Separare « mettre à part, distinguer », comp. De se-préf. marquant la séparation et de parare « préparer, arranger ». URL : http://www.cnrtl.fr/etymologie/séparer
[4] Malinconi, N. 2012. Elles quatre. Une adoption, Evelyn Gerbaud (ill.), Noville-sur-Mehaigne, Belgique, L’Esperluète Éditions.
[5] Duras M. 1985. « Hôpital Silence », par Nicole Malinconi, Ed. de Minuit, L’Autre Journal, n° 9, novembre 1985.
« Seule la littérature pouvait être à la hauteur de ce drame », Duras M. 1993. Le Monde extérieur, Paris, POL, p. 147.
[6] Malinconi, N. 1993. Nous deux, Bruxelles, Éperonniers, (rééd. Labor, 2002, coll. « Espace Nord »).
[7] Malinconi, N. 2003. À l’étranger, Bruxelles, Grand Miroir, (rééd. Labor, 2003, coll. « Espace Nord »).
[8] Enfance sur laquelle on revient inévitablement pour le meilleur et le pire : « Il ne faut jamais revenir Au temps caché des souvenirs Du temps béni de son enfance Car parmi tous les souvenirs Ceux de l’enfance sont les pires Ceux de l’enfance nous déchirent Vous, ma très chérie, ô ma mère Où êtes-vous donc, aujourd’hui Vous dormez au chaud de la terre Et moi, je suis venue ici Pour y retrouver votre rire Vos colères et votre jeunesse Mais je suis seule avec ma détresse Hélas Pourquoi suis-je donc revenue Et seule, au détour de ses rues J’ai froid, j’ai peur, le soir se penche Pourquoi suis-je venue ici Où mon passé me crucifie Elle dort à jamais mon enfance... » Barbara, Mon enfance, 1968. URL : http://www.deezer.com/fr/track/7423407
[9] Dans L’Échappé, elle évoque le souvenir de ces mots du parler wallon qu’utilisait sa mère et qui faisaient « un bruit d’objet, le bruit de ce qu’on fait », Malinconi, N. 1997. Da solo, Bruxelles, Eperonniers, (rééd. Labor, 2002, coll. « Espace Nord »).
[10] Malinconi, N. 2012. Elles quatre. Une adoption, op. cit.
[11] Duras M. 1995. Écrire, op. cit., p. 53. 
[12] Malinconi, N. 2012. Séparation, op. cit., p. 31-33.
[13] Ibid., p. 59.
[14] Ibid., p. 143.
[15] Malinconi, N. 1997. « L’Échappé », dans Da solo, op. cit., p. 138.
[16] Ibid.
[17] Magma, subst. Masc. Étymol. et Hist. 1. 1694 pharm. (Corneille: Magma. Marc, lie des onguents et oignemens) ; 2. 1773 chim. « masse épaisse visqueuse ou gélatineuse, ayant l’aspect et la consistance d’une bouillie » (Parmentier, Les Pommes de terre, p. 28 ds Brunot t. 6, p. 226, note 10) ; 3. 879 géol. « masse originellement fondue, qui s’épanche grâce aux éruptions volcaniques et qui donne naissance aux roches cristallines » (Fouqué et Michel Lévy, Minéralogie micrographique, roches éruptives françaises, 152 d’apr. FEW t. 6, p. 45a) ; 4. 1883 fig. « mélange confus » (Loti, Mon frère Yves, p. 133). Mot lat. magma « résidu d’un parfum » empr. du gr. μ α ́γ μ α « masse pétrie, onguent », de la famille de μ α ́τ τ ε ι ν « pétrir ». URL : http://www.cnrtl.fr/etymologie/magma
[18] Malinconi, N., 1997. « L’Échappé », dans Da solo, op. cit.
[19] Jones, E. 1927. « Le développement précoce de la sexualité féminine », dans Théorie et pratique de la psychanalyse, Paris, Payot, 1969, p. 399-411.
« L’aphanisis [...] c’est la disparition du désir. L’aphanisis, substituée à la castration c’est la crainte pour le sujet de voir s’éteindre en lui le désir[19]. » Lacan, J. 1956-1957. Le Séminaire, Livre IV, La relation d’objet, Le Seuil, 1994, p. 217.
[20] Malinconi, N. 2012. Séparation, op. cit., p. 79-80.
[21] Lacan, J. 1972. « L’étourdit », dans Autres écrits, Paris, Le Seuil, p. 490.
« Lalangue » est un terme inventé par Lacan, il le pose dans la proximité du mot lallation en le différenciant des langues que nous parlons. « C’est comme l’autre scène freudienne que le langage occupe de par sa structure ; et cette structure, c’est la structure élémentaire qui se résume dans celle de la parenté. » Lacan, J. 1975. « La Conférence à Genève sur “Le symptôme” », Le Bloc-notes de la psychanalyse, 1985, n° 5, p. 12.
« Mais c’était un retour à plus avant encore, au premier temps d’avant les mots, à ce qui me revenait de ce temps-là, de ce qu’elle m’en avait dit ; au temps des seuls corps si proches, si inséparables, le mien qu’elle avait fait, qu’elle avait nourri, lavé, exploré, surveillé de crainte qu’il lui arrive quelque chose, tenu collé contre elle de peur de l’abandon […] » Malinconi, N. 2012. Séparation, op. cit., p. 55.
 

Résumé : En ces temps où la psychanalyse est malmenée, le nouvel ouvrage de Nicole Malinconi nous permet d’approcher un travail d’écriture et de mémoire inscrit subjectivement et socialement. Séparation constitue le tissage singulier de son expérience de la psychanalyse et de l’écriture, celles de la séparation primordiale d’avec la mère et des séparations à venir aussi. Écriture du réel, proche de la parole et du corps, où l’auteur délie et se délie pour tenter de dire malgré tout l’indicible de la Séparation et du travail analytique.
Mots clés : écriture, psychanalyse, psychanalyste, lalangue, réel, séparation.
 
SEPARATION: OUT OF THE MAGMA, THE WORDS
Abstract : In these times when the psychoanalysis is mistreated, the new book of Nicole Malinconi enables us to approach a work of writing and memory registers subjectively and socially. Separation constitutes the singular weaving of its experiment of psychoanalysis and writing, those of the paramount separation with the mother and separations to come too. Writing of the real, close to the speech and the body, where the author unties and unties herself to try to say, despite everything the unspeakable of separation and analytical work.
Key words: writing, psychoanalyst, psychoanalysis, lalangue, real, separation.